Un article et un témoignage de Philippe BONIFACE

Le vendredi 16 janvier, le Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg a accueilli une représentation théâtrale d’une intensité rare : Le Procès de Jeanne.
Parmi les participants à cette soirée hors normes figurait Philippe Boniface, membre fondateur de la Communauté des Français du Luxembourg, venu assister à une œuvre qui dépasse largement le cadre du théâtre traditionnel.
Une œuvre théâtrale à part, entre histoire et émotion
Inspirée des véritables minutes du procès de Jeanne d’Arc, cette création scénique propose une immersion profonde dans l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire européenne.
Contrairement à une pièce classique, Le Procès de Jeanne se présente comme un oratorio théâtral, mêlant texte, musique, voix et images dans une construction dramaturgique exigeante et contemporaine.
La mise en scène, signée Yves Beaunesne, met en lumière la solitude, la force intérieure et la lucidité de Jeanne face à un système judiciaire implacable. Le texte, écrit par Marion Bernède, restitue la parole historique tout en lui donnant une résonance profondément actuelle.
Une interprétation magistrale saluée par la critique
Dans le rôle central, Judith Chemla livre une performance d’une intensité remarquable. Sa voix, tour à tour fragile et déterminée, porte l’ensemble de la pièce et capte l’attention du public du début à la fin.
La création musicale originale de Camille Rocailleux, interprétée en direct par des instrumentistes et choristes, renforce la dimension émotionnelle et spirituelle du spectacle.
Cette exigence artistique a d’ailleurs été largement reconnue, la pièce ayant reçu plusieurs distinctions majeures lors des Prix du Syndicat de la critique 2025, dont le Grand Prix et celui de la meilleure interprétation féminine.
Une soirée marquante au Grand Théâtre de Luxembourg
Présentée au Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg, la représentation du 16 janvier s’inscrivait dans une programmation culturelle ambitieuse, tournée vers des formes artistiques engagées et contemporaines.
À l’issue du spectacle, un échange avec l’équipe artistique a permis au public de prolonger la réflexion autour des thèmes abordés : justice, foi, manipulation du pouvoir et place de l’individu face aux institutions.
Une expérience qui interroge notre époque
Bien plus qu’un récit historique, Le Procès de Jeanne agit comme un miroir tendu à notre société moderne.
Le texte questionne la liberté de pensée, la violence institutionnelle et la capacité de résistance individuelle, des problématiques qui résonnent fortement avec les enjeux actuels.
C’est précisément cette dimension universelle et intemporelle qui fait de cette pièce une expérience marquante pour les spectateurs, bien au-delà de la simple représentation théâtrale.
Le témoignage de Philippe Boniface
« Un spectacle exigeant, porté par des choix artistiques audacieux et pleinement maîtrisés, qui relève un pari rare : faire tenir, en 1h20, une scène vivante à partir de la transcription originale et historique du procès de Jeanne d’Arc.
À l’issue de la représentation, l’équipe — lumineuse, disponible — nous confie que les textes français ont été perdus. Reste le latin : matière d’archive, sèche en apparence. Et pourtant, de cette langue de dossier, l’adaptation vers l’ancien français, puis la sélection des extraits, font naître une parole étonnamment claire, tendue, incarnée. Tout paraît juste : la coupe des fragments, le battement des silences, la respiration du rythme, la précision de la mise en scène.
Et surtout, cette trouvaille : le jury est là, mais en vidéo — visage d’autorité, distance froide, présence sans corps — tandis que Jeanne et les musiciens sont en chair, en souffle, en vibration, sur le plateau. Ce décalage fabrique une tension immédiate : d’un côté l’institution, intangible, presque spectrale ; de l’autre le vivant, exposé, fragile et brûlant. La musique, jouée en direct, n’accompagne pas : elle veille, elle sculpte l’espace, elle installe une atmosphère singulière — je dirais même judicieuse (sans mauvais jeu de mots).
Entre cette Église tenue à distance, ce tribunal projeté, et une Jeanne debout, vibrante, obstinément vivante, le théâtre devient proximité. Jeanne cesse d’être une figure : elle devient présence. Si proche, finalement, qu’on ne peut que se l’approprier »
Un grand merci à Philippe Boniface pour son retour !
https://theatres.lu/fr/leprocesdejeanne
https://youtu.be/RLnkRCsge38?si=81WhiIp-iUMyZXQt

