Article rédigé et publié en partie avec l’IA par Christophe Biraud

Le mardi 13 octobre 2026, le Kinepolis Kirchberg à Luxembourg accueillait une nouvelle édition du Paperjam 10×6, consacrée à l’avenir de la place financière luxembourgeoise. Sous le thème « Finance Forward », dix personnalités du monde bancaire, de l’investissement, de la recherche et des nouvelles technologies ont partagé leur vision des transformations qui redessinent la finance. Intelligence artificielle, tokenisation, investissements européens, cybersécurité, paiements automatisés et confiance : une soirée riche en réflexions, avec une conviction commune, celle que l’humain doit rester au cœur de la finance de demain.
Paperjam Club : dix intervenants, six minutes pour imaginer la finance de demain
Le concept du Paperjam 10×6 est désormais bien connu des professionnels luxembourgeois : dix personnalités montent successivement sur scène avec une contrainte particulièrement exigeante, présenter leurs idées en seulement six minutes.
Pas de longues conférences ni de débats interminables. Chaque intervention doit aller à l’essentiel, susciter la réflexion et apporter un éclairage original.
Pour cette édition organisée au Kinepolis Kirchberg, le Paperjam Club avait choisi de s’intéresser à l’avenir d’un secteur qui constitue l’un des principaux moteurs économiques du Grand-Duché.
La soirée était animée par Jean-Pierre Faber, directeur et membre du comité de direction de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF).
Dès son introduction, une question centrale était posée : comment le Luxembourg peut-il conserver son attractivité financière internationale dans un monde où l’intelligence artificielle, les actifs numériques et les nouveaux comportements des investisseurs transforment profondément les modèles traditionnels ?
L’enjeu n’est plus seulement d’anticiper les changements, mais de décider comment les accompagner.
L’intelligence artificielle, une révolution comparable à Internet
La première intervention a rappelé les grandes mutations déjà traversées par le Luxembourg : internationalisation des activités bancaires, digitalisation, développement d’Internet et fin du secret bancaire.
Chaque bouleversement avait suscité des inquiétudes concernant l’avenir du secteur financier.
Pourtant, le Luxembourg a su adapter son modèle économique et développer de nouvelles activités.
L’intelligence artificielle représente aujourd’hui une nouvelle étape, potentiellement plus profonde encore.
L’IA ne se limite plus à répondre à des questions. Elle peut analyser des documents, traiter des opérations, assister des équipes et prendre certaines décisions dans des processus automatisés.
Dans les métiers financiers, les perspectives sont considérables : accélération des contrôles, amélioration de la conformité, rapprochements de données, analyse des risques ou préparation des décisions d’investissement.
Mais une interrogation fondamentale demeure : qui fixe les limites de ces technologies ?
Les institutions financières doivent conserver la maîtrise de leurs choix, de leurs données et de leur gouvernance.
La technologie doit rester un instrument au service des personnes, et non devenir un système qui décide seul de l’avenir de la société.
Confiance, justice et ouverture internationale : les atouts du Luxembourg
Une autre intervention marquante, consacrée au cadre juridique luxembourgeois, a mis en lumière trois conditions indispensables au succès de la place financière : la confiance, la transmission et l’ouverture.
La confiance repose notamment sur la stabilité juridique, la qualité des institutions et la prévisibilité des décisions.
Pour les investisseurs internationaux, disposer d’un environnement réglementaire fiable reste un critère déterminant.
L’intervenant a également souligné l’importance de transmettre aux nouvelles générations la culture de coopération qui fait la particularité du Luxembourg.
Mais c’est surtout une proposition originale qui a retenu l’attention : faire de l’anglais une quatrième langue officielle du Luxembourg, aux côtés du luxembourgeois, du français et de l’allemand.
Présentée comme une piste de réflexion, et non comme une décision politique, cette idée vise à renforcer le positionnement international du pays et à envoyer un signal d’ouverture aux investisseurs et aux talents étrangers.
Investissement : l’Europe doit mieux mobiliser son épargne
L’intervention de Florian, représentant du secteur des infrastructures financières et des marchés de capitaux, a replacé les enjeux luxembourgeois dans un contexte européen.
Le constat présenté était préoccupant : malgré ses capacités scientifiques, ses universités et ses entreprises, l’Europe peine à transformer suffisamment ses innovations en grandes réussites industrielles.
Face aux États-Unis, le retard concerne notamment la croissance des entreprises technologiques, leur financement et leur capacité à atteindre une dimension mondiale.
Pour financer l’intelligence artificielle, les infrastructures numériques, les nouvelles technologies ou la transition énergétique, l’Europe a pourtant besoin d’investissements considérables.
Or, une grande partie de l’épargne européenne demeure placée dans des produits peu orientés vers le financement direct des entreprises.
La future Union de l’épargne et de l’investissement constitue donc un enjeu stratégique.
Le Luxembourg, deuxième centre mondial pour les fonds d’investissement derrière les États-Unis, dispose d’une position privilégiée pour participer à cette transformation.
L’intervention a également rappelé un épisode historique : le développement du marché des euro-obligations dans les années 1960, auquel la Bourse de Luxembourg a largement contribué.
Une manière de démontrer que les innovations financières peuvent servir directement le développement des infrastructures et de l’économie réelle.
Aline Muller : investir, c’est choisir l’avenir que nous voulons construire
L’une des interventions les plus accessibles et les plus humaines de la soirée fut celle d’Aline Muller, directrice générale du Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (LISER).
Avec une approche mêlant économie, recherche et philosophie, elle a rappelé le rôle essentiel de la finance dans le fonctionnement des sociétés.
La finance permet de transformer les ressources disponibles aujourd’hui en investissements pour demain.
Acheter une maison, financer des études, développer une entreprise ou soutenir la recherche : toutes ces décisions reposent sur la capacité à mobiliser des ressources et à croire dans l’avenir.
Pour illustrer son propos, Aline Muller a développé le concept économique de matching, cette rencontre entre deux acteurs dont les attentes doivent être compatibles.
Un épargnant et un entrepreneur. Un chercheur et un investisseur. Un talent et une opportunité.
Mais encore faut-il que ces personnes se rencontrent et décident mutuellement de se faire confiance.
Dans une intervention originale, elle a même évoqué le film Sur la route de Madison, avec Meryl Streep et Clint Eastwood, pour illustrer ces instants où tout devient possible sans que rien ne soit encore décidé.
Son message final a particulièrement bien résumé l’esprit de la soirée :
« L’avenir n’est pas ce qui nous attend. L’avenir, c’est ce que nous choisissons de rendre possible. »
Une réflexion qui dépasse largement le secteur financier.
Fonds d’investissement : le Luxembourg face à de nouveaux défis
Serge Weyland, directeur général de l’Association of the Luxembourg Fund Industry (ALFI), est revenu sur l’évolution de l’industrie luxembourgeoise des fonds.
Avec environ 9 300 milliards d’euros d’actifs évoqués au cours de la soirée, tous types de fonds confondus, le secteur représente une réussite majeure pour l’économie nationale.
Mais cette position dominante ne garantit pas l’avenir.
Plusieurs transformations sont déjà engagées.
L’intelligence artificielle modifie la manière dont les particuliers recherchent et sélectionnent leurs placements. Les investisseurs peuvent désormais interroger directement des outils numériques afin d’obtenir des propositions adaptées à leurs objectifs.
La gestion passive, notamment à travers les ETF, concurrence de plus en plus la gestion active traditionnelle.
La tokenisation pourrait également transformer la distribution et l’administration des actifs financiers.
Dans ce contexte, l’industrie doit améliorer sa compétitivité, attirer des talents et développer de nouveaux marchés, notamment en Asie et en Amérique latine.
Pour l’ALFI, le message est clair : le Luxembourg doit continuer à innover plutôt que considérer ses succès passés comme définitivement acquis.
Blockchain et tokenisation : vers une finance programmable
Josh, entrepreneur spécialisé dans les infrastructures financières numériques, a proposé une vision particulièrement prospective.
Selon lui, la tokenisation ne doit pas être considérée uniquement comme une nouvelle catégorie de produit financier.
Elle constitue surtout une nouvelle infrastructure.
Aujourd’hui, les opérations financières mobilisent de nombreux intermédiaires, des systèmes informatiques distincts et des procédures de vérification parfois complexes.
Avec une infrastructure numérique programmable, certaines de ces étapes pourraient être connectées et exécutées automatiquement.
Les actifs, les règles de conformité, l’identité numérique et les paiements pourraient fonctionner au sein d’un même environnement.
Cette évolution pourrait notamment transformer les relations entre investisseurs, établissements financiers et prestataires technologiques.
À terme, les portefeuilles numériques pourraient devenir de véritables interfaces d’accès aux services financiers.
L’intervenant a comparé cette transformation à l’apparition du smartphone : personne n’imaginait initialement qu’un téléphone deviendrait à la fois un appareil photo, une carte routière, un bureau et un outil de paiement.
La blockchain pourrait connaître une évolution comparable, en donnant naissance à des usages qui restent encore difficiles à anticiper.
Paiements intelligents : bientôt des agents IA pour payer à notre place ?
Arnaud Clément, spécialiste des paiements et de l’innovation, a abordé un sujet qui concerne directement les consommateurs.
Aujourd’hui, lorsqu’une personne réalise un achat en ligne, elle choisit son produit, valide sa commande puis autorise le paiement.
Demain, un agent d’intelligence artificielle pourrait effectuer une grande partie de ces opérations de manière autonome.
Réserver un voyage, régler une facture, comparer plusieurs offres ou effectuer un paiement pourraient devenir des actions automatisées.
Mais cette perspective soulève d’importantes questions.
Comment identifier un agent numérique ? Comment vérifier qu’il dispose de l’autorisation nécessaire ? Qui sera responsable lorsqu’une erreur ou une fraude se produira ?
À la traditionnelle obligation bancaire de connaître son client, ou Know Your Customer (KYC), pourrait ainsi s’ajouter une nouvelle exigence : Know Your Agent, autrement dit connaître l’agent numérique qui agit au nom du client.
Dans un univers où les paiements deviennent presque invisibles, la sécurité et la confiance devront au contraire devenir plus visibles.
Assurance et réassurance : anticiper les risques interconnectés
Une autre présentation était consacrée aux nouveaux risques systémiques.
Dans une économie toujours plus numérique, les entreprises dépendent d’infrastructures étroitement connectées : centres de données, réseaux électriques, systèmes de télécommunication, services cloud et plateformes de paiement.
Une panne importante peut donc provoquer des conséquences bien au-delà de l’entreprise initialement touchée.
La représentante du secteur de la réassurance a notamment pris l’exemple des centres de données, dont le fonctionnement dépend simultanément de l’électricité, du refroidissement, des équipements et des réseaux de communication.
Les risques deviennent ainsi plus complexes, mais également plus interdépendants.
Pour les assureurs, réassureurs, banques et investisseurs, l’enjeu consiste à mieux comprendre ces interdépendances afin de préserver la résilience de l’économie.
Car sans maîtrise des risques, il devient difficile de financer durablement l’innovation.
Gestion de patrimoine : l’intelligence artificielle ne remplacera pas la relation humaine
La présentation de Thomas, dirigeant dans la gestion de patrimoine, a apporté une démonstration concrète de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les relations avec les clients.
Son établissement expérimente plusieurs assistants numériques capables de préparer les rendez-vous, rechercher des informations, enregistrer des comptes rendus avec les autorisations nécessaires et organiser les actions de suivi.
Des assistants baptisés notamment Sherlock, Whisper et Follow-up ont été présentés pour illustrer ces usages.
L’objectif n’est pas de remplacer les conseillers, mais de leur permettre de consacrer davantage de temps aux échanges avec leurs clients.
En automatisant certaines tâches administratives, l’intelligence artificielle pourrait renforcer la qualité de l’accompagnement.
Cette transformation suppose cependant une évolution des compétences : les conseillers devront comprendre ces nouveaux outils, maîtriser les données et conserver une capacité de jugement indépendante.
La conclusion était particulièrement intéressante : les acteurs les plus performants ne seront pas nécessairement ceux qui disposeront du plus grand nombre d’outils d’intelligence artificielle, mais ceux qui sauront combiner technologie, expertise et confiance.
Nicolas Otton (BGL BNP Paribas) : la confiance demeure le véritable capital de la finance
Pour clôturer les dix interventions, Nicolas Otton, CEO de BGL BNP Paribas et responsable du groupe BNP Paribas au Luxembourg, a choisi de revenir à une valeur fondamentale.
Alors que l’ensemble des présentations avait abordé les transformations technologiques, il a posé une question simple : que faut-il absolument préserver dans ce monde en mutation ?
Sa réponse : la confiance.
Une confiance qui concerne aussi bien les clients que les partenaires, les collaborateurs et l’ensemble de la place financière luxembourgeoise.
Selon lui, la digitalisation ne diminue pas l’importance des relations humaines. Elle pourrait au contraire la renforcer.
Lorsqu’un client prépare une transmission de patrimoine, investit dans une entreprise ou prend une décision importante pour sa famille, il attend davantage qu’une solution technologique.
Il recherche une expertise, une compréhension de ses besoins et un accompagnement personnalisé.
Nicolas Otton a également insisté sur le défi intergénérationnel.
La relation de confiance entretenue avec un client ne se transmet pas automatiquement à ses enfants.
Les établissements financiers doivent donc apprendre à construire de nouvelles relations avec les générations suivantes.
Sa réflexion a pris une dimension collective : aucun établissement ne peut, à lui seul, garantir la confiance dans la place financière luxembourgeoise.
C’est l’ensemble de l’écosystème qui doit la préserver.
Pour conclure, il a rappelé cette ambition de BGL BNP Paribas : être la banque à laquelle les clients font confiance aujourd’hui, mais également celle que leurs enfants choisiront demain.
Paperjam Club : un programme 2027 riche en nouveautés
Après les interventions, la soirée s’est poursuivie avec les prises de parole des partenaires et la présentation des prochaines initiatives du Paperjam Club.
Marcelo Mailos, Innovation & Project Manager chez WEALINS, a notamment souligné l’importance de combiner innovation technologique, expertise patrimoniale et accompagnement humain.
Dans un contexte de transfert intergénérationnel des patrimoines, les clients recherchent des partenaires capables de les conseiller sur des questions de succession, de mobilité internationale et de gestion à long terme.
Les journalistes de Paperjam ont également présenté un nouveau numéro du magazine consacré notamment aux coulisses du private equity et aux mécanismes d’investissement dans les entreprises.
Mais la soirée a aussi permis de dévoiler plusieurs orientations du programme 2027 du Paperjam Club.
Networking et convivialité : l’autre force du Paperjam Club
Comme à chaque rendez-vous du Paperjam Club, la soirée ne s’est pas limitée aux interventions.
Les participants ont pu prolonger les discussions autour d’un cocktail dînatoire, dans une ambiance propice aux rencontres professionnelles et aux échanges informels.
Banquiers, dirigeants, consultants, responsables d’entreprises, acteurs de l’innovation et professionnels de secteurs variés avaient ainsi l’occasion de partager leurs expériences.
Ces rencontres constituent une dimension importante du Paperjam Club : permettre à des personnes issues de métiers différents de créer des connexions et de faire émerger de nouvelles idées.
Le lancement de l’initiative internationale des tournesols, destinée à mieux identifier et accompagner les personnes vivant avec un handicap invisible, a également été présenté au public. Une démarche d’inclusion bienvenue dans les événements professionnels.
Finance Forward : le Luxembourg doit changer pour préserver ce qui fait sa force
Au terme de cette édition du Paperjam 10×6, plusieurs enseignements se dégagent.
Le Luxembourg dispose d’atouts considérables : une expertise financière internationalement reconnue, un cadre juridique solide, une industrie des fonds particulièrement développée et une capacité historique à s’adapter.
Mais les nouvelles technologies accélèrent les transformations.
L’intelligence artificielle va modifier les métiers, la tokenisation pourrait transformer les infrastructures financières et les agents numériques pourraient bouleverser les usages quotidiens.
Parallèlement, l’Europe doit renforcer sa capacité à financer ses innovations et à mobiliser son épargne.
Face à ces défis, une idée a traversé presque toutes les interventions : l’innovation technologique ne suffira pas à construire la finance de demain sans confiance, responsabilité et intelligence humaine.
C’est probablement le message le plus important de cette soirée.
Pour la place financière luxembourgeoise, l’avenir ne consiste pas à préserver les modèles d’hier, mais à construire ceux de demain sans perdre les valeurs qui ont assuré son succès.
Et c’est précisément tout le sens de ce Paperjam 10×6 : Finance Forward, regarder devant, avancer et oser transformer l’avenir.















































« Soirée Paperjam 10×6 Finance Forward du 13 octobre 2026 au Kinepolis Kirchberg, consacrée à l’avenir de la finance au Luxembourg. »
Pour en savoir plus : Paperjam Club – Finance Forward, 13 octobre 2026