Histoire du Grand-duché de Luxembourg, chapitre 1

©️Romain VAN DE LOUW (illustration) et Christophe BIRAUD (recherche et publication assistée par l’IA)

Histoire du Grand-duché de Luxembourg
Histoire du Grand-duché de Luxembourg

Histoire du Luxembourg : des premiers hommes aux Trévires (200 000 av. J.-C. – 27 av. J.-C.)

Lorsqu’on évoque le Luxembourg, beaucoup pensent immédiatement à sa place financière, aux institutions européennes ou encore à sa forteresse inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pourtant, l’histoire de ce petit territoire est infiniment plus ancienne. Bien avant la naissance du comté de Luxembourg en 963, des hommes parcouraient déjà ces vallées, exploitaient les ressources naturelles et façonnaient progressivement un territoire qui allait devenir un carrefour stratégique de l’Europe occidentale.

Des chasseurs préhistoriques aux tribus celtiques, en passant par les premiers agriculteurs et les puissants Trévires, cette longue période de plus de 200 000 ans constitue le socle de l’identité luxembourgeoise.


Il y a 200 000 ans : les premières traces humaines

Les plus anciennes traces d’occupation humaine découvertes sur le territoire de l’actuel Luxembourg remontent à environ 200 000 ans avant notre ère.

À cette époque, l’Europe connaît plusieurs cycles glaciaires. Le climat alterne entre périodes froides et plus tempérées. Les groupes humains sont peu nombreux et vivent essentiellement de la chasse, de la pêche et de la cueillette.

Le territoire luxembourgeois présente déjà des atouts majeurs :

  • de nombreuses rivières ;
  • des forêts riches en gibier ;
  • des falaises naturelles ;
  • des plateaux offrant des points d’observation privilégiés.

Ces premiers habitants sont des chasseurs nomades qui suivent les migrations des grands mammifères.


Le saviez-vous ?

À cette époque, le Luxembourg n’existe évidemment pas. Les frontières actuelles n’ont aucun sens : hommes et animaux circulent librement dans une Europe entièrement sauvage.



Vers 40 000 avant J.-C. : l’arrivée de Cro-Magnon

Une nouvelle étape majeure apparaît avec l’Homme moderne, appelé Cro-Magnon.

Plus évolué techniquement, il perfectionne :

  • la taille du silex ;
  • les armes de chasse ;
  • les vêtements ;
  • les habitats temporaires.

Les groupes humains deviennent progressivement plus organisés.

Ils occupent régulièrement les vallées de l’Alzette, de la Moselle, de la Sûre et de l’Our.

Cette présence favorise les premiers échanges entre les populations installées dans ce qui correspond aujourd’hui au Luxembourg, à la Belgique, à la Lorraine et à la vallée du Rhin.



Vers 5500 à 3500 avant J.-C. : la révolution néolithique

Le Néolithique marque une transformation fondamentale.

Les hommes cessent progressivement d’être uniquement nomades.

Ils deviennent :

  • agriculteurs ;
  • éleveurs ;
  • bâtisseurs de villages.

Les premières cultures de céréales apparaissent.

Le territoire luxembourgeois est particulièrement propice à cette évolution grâce à ses terres fertiles du Gutland.

Les populations quittent progressivement les fonds de vallée pour s’installer sur les plateaux, moins exposés aux inondations et plus favorables à l’agriculture.

C’est également durant cette période que l’on voit apparaître les premiers défrichements importants des forêts.


Le saviez-vous ?

Les premières communautés agricoles pratiquent déjà des échanges commerciaux avec les régions voisines, notamment pour le silex, les poteries et certaines roches utilisées pour fabriquer des outils.



Les premiers villages : la culture rubanée

À la fin du VIᵉ millénaire avant notre ère, les premiers villages permanents apparaissent.

Cette civilisation est appelée culture rubanée, en référence aux décorations présentes sur les poteries.

Les habitants construisent de longues maisons en bois pouvant accueillir plusieurs familles.

Ils cultivent notamment :

  • le blé ;
  • l’orge ;
  • les lentilles.

L’élevage se développe également avec les bovins, les moutons et les porcs.

Cette période constitue le véritable début de l’organisation durable du territoire.



Entre le XIIIᵉ et le VIIIᵉ siècle avant J.-C. : l’âge du Bronze

L’apparition du bronze révolutionne profondément la société.

Grâce à cet alliage, les artisans fabriquent :

  • des outils plus résistants ;
  • des armes plus efficaces ;
  • des bijoux raffinés.

Cette innovation entraîne une spécialisation des métiers.

Des réseaux commerciaux se mettent en place entre les différentes régions européennes.

Le territoire luxembourgeois devient progressivement une zone de passage importante entre le nord et le sud du continent.

La population augmente régulièrement.


Les Champs d’Urnes

Durant cette période se développe la civilisation dite des Champs d’Urnes.

Les défunts sont désormais incinérés.

Leurs cendres sont déposées dans des urnes en terre cuite regroupées dans de vastes nécropoles.

Cette évolution traduit un profond changement dans les croyances et l’organisation sociale.



L’âge du Fer : l’émergence des Celtes et des Trévires (900 à 27 avant J.-C.)

Vers 900 avant J.-C. : une nouvelle révolution technologique

Après plusieurs siècles dominés par le bronze, une innovation majeure transforme profondément les sociétés européennes : la maîtrise du fer.

Plus abondant que le bronze et plus résistant, ce nouveau métal révolutionne aussi bien l’agriculture que l’artisanat et les techniques militaires. Les forêts couvrant une grande partie de l’actuel Luxembourg fournissent le charbon de bois nécessaire à la métallurgie, tandis que les vallées facilitent les échanges commerciaux.

Cette évolution marque le début d’une période de profondes mutations économiques et sociales.



La culture de Hallstatt : les premiers princes celtes

Entre le VIIIᵉ et le Vᵉ siècle avant notre ère, le territoire luxembourgeois s’intègre progressivement à la civilisation de Hallstatt, considérée comme le premier âge du Fer européen.

Cette culture, née dans la région alpine, rayonne rapidement sur une grande partie de l’Europe occidentale.

Les différences sociales deviennent plus visibles :

  • apparition de chefs locaux ;
  • développement d’une aristocratie guerrière ;
  • contrôle des routes commerciales ;
  • enrichissement grâce au commerce du sel, des métaux et de l’ambre.

Le Luxembourg se situe déjà au croisement de plusieurs axes reliant le bassin parisien, la vallée du Rhin et les régions germaniques.


Le saviez-vous ?

Le sel est alors une richesse stratégique. Surnommé « l’or blanc », il permet de conserver les aliments et constitue l’un des principaux moteurs du commerce européen.



Vers 500 avant J.-C. : les Celtes s’installent durablement

À partir du Ve siècle avant J.-C., une nouvelle culture se diffuse en Europe : la civilisation de La Tène, souvent considérée comme l’apogée du monde celtique.

Les Celtes ne forment pas un empire unique, mais un ensemble de peuples partageant une langue, des croyances et des traditions similaires.

Le territoire luxembourgeois est occupé par plusieurs communautés qui vivent principalement de :

  • l’agriculture ;
  • l’élevage ;
  • la métallurgie ;
  • le commerce.

Les artisans celtes acquièrent une réputation remarquable dans toute l’Europe grâce à leurs armes, leurs bijoux et leurs objets décoratifs.

Leur art, caractérisé par des formes végétales et des motifs géométriques, influence encore aujourd’hui de nombreuses représentations historiques.



Les Trévires : le peuple fondateur de la région

Parmi les peuples celtes installés dans la région, les Trévires occupent une place particulière.

Ils contrôlent un vaste territoire comprenant :

  • le Luxembourg actuel ;
  • une partie de la Moselle ;
  • la région de Trèves ;
  • une partie de la Belgique ;
  • le nord-est de la Gaule.

Les Trévires développent une société hiérarchisée dirigée par une noblesse guerrière.

Leur richesse repose sur :

  • l’agriculture ;
  • l’élevage de chevaux réputés ;
  • le commerce ;
  • la maîtrise du fer ;
  • leur position géographique privilégiée.

Ils entretiennent des relations commerciales avec les autres peuples celtes mais également avec le monde méditerranéen.


Un peuple déjà très organisé

Contrairement à certaines idées reçues, les Trévires ne vivent pas dans des villages isolés.

Ils possèdent déjà :

  • une organisation politique élaborée ;
  • des lieux de culte ;
  • des ateliers spécialisés ;
  • des réseaux commerciaux ;
  • des systèmes défensifs performants.

Leur société constitue l’une des plus puissantes de la Gaule septentrionale.



Le Titelberg : première capitale du territoire luxembourgeois

Vers 100 avant notre ère débute l’aménagement d’un immense oppidum sur le Titelberg, situé près de l’actuelle commune de Pétange.

Cet oppidum devient rapidement le principal centre politique, économique et religieux des Trévires.

Installé sur un vaste plateau naturellement protégé, il contrôle les voies de circulation reliant :

  • la vallée de la Moselle ;
  • le bassin parisien ;
  • le Rhin ;
  • les Ardennes.

Le Titelberg accueille plusieurs milliers d’habitants.

On y trouve :

  • des ateliers métallurgiques ;
  • des quartiers artisanaux ;
  • des lieux de culte ;
  • des habitations ;
  • des espaces commerciaux ;
  • des zones administratives.

Pour de nombreux historiens, il constitue la première véritable « capitale » du territoire correspondant à l’actuel Luxembourg.


Le saviez-vous ?

Les fouilles archéologiques menées sur le Titelberg ont permis de mettre au jour des milliers de monnaies, d’objets métalliques, de céramiques et d’outils qui témoignent du haut niveau de développement atteint par les Trévires.



Jules César face aux Trévires

À partir de 58 avant J.-C., Jules César entreprend la conquête de la Gaule.

Les Trévires adoptent une position complexe.

Une partie de leur aristocratie choisit de collaborer avec Rome afin de préserver ses privilèges.

Une autre faction refuse toute domination étrangère et organise la résistance.

Cette division affaiblit progressivement le peuple trévire.

En 30 avant J.-C., plusieurs révoltes éclatent contre les Romains.

Rome réagit rapidement.

Une garnison permanente est installée au Titelberg afin de contrôler la région.

La domination romaine devient alors définitive.


Les grandes routes romaines transforment le territoire

À partir de 38-39 avant J.-C., les ingénieurs romains commencent la construction d’un vaste réseau routier.

Ces nouvelles voies relient :

  • Trèves ;
  • Reims ;
  • Metz ;
  • Cologne ;
  • Lyon.

Le territoire luxembourgeois devient un véritable carrefour commercial de l’Empire.

Les marchandises, les soldats, les idées et les innovations circulent désormais beaucoup plus rapidement.

Cette organisation des communications jouera un rôle majeur pendant plusieurs siècles et influencera durablement le développement du futur Luxembourg.


La fin d’un monde, le début d’une nouvelle civilisation

La conquête romaine ne fait pas disparaître immédiatement les traditions celtiques.

Pendant plusieurs générations, les populations locales conservent leur langue, leurs croyances et une partie de leurs coutumes.

Peu à peu, elles adoptent également :

  • le droit romain ;
  • l’architecture romaine ;
  • les techniques de construction ;
  • la monnaie impériale ;
  • le latin administratif.

Cette fusion entre héritage celtique et civilisation romaine donnera naissance à la culture gallo-romaine, qui marquera profondément l’histoire de la région.


Transition vers le chapitre suivant

Lorsque Jules César achève la conquête de la Gaule, le territoire de l’actuel Luxembourg entre dans l’une des périodes les plus prospères de son histoire antique. Pendant près de quatre siècles, Rome transforme durablement les paysages, les villes, les routes et les modes de vie. Le prochain chapitre nous conduira au cœur de cette époque, de la Pax Romana à l’émergence des premiers sites fortifiés du Bock, prémices de la future ville de Luxembourg.

Le chapitre 2 sera consacré au Luxembourg gallo-romain (27 av. J.-C. – VIIᵉ siècle), avec le développement de Trèves comme capitale impériale, la romanisation, les invasions germaniques, les premières fortifications du Bock et les débuts de la christianisation.


Sources et références historiques

1. Gilbert Trausch – Histoire du Luxembourg : Le destin européen d’un « petit pays », Éditions Privat.

2. Jean-Marie Kreins – Histoire du Luxembourg : Des origines à nos jours, PUF.

3. Michel Pauly – Histoire du Luxembourg, Éditions de l’Université de Bruxelles.

4. Denis Scuto – Une histoire contemporaine du Luxembourg en 70 chroniques.

5. https://luxembourg.public.lu/dam-assets/publications/a-propos-de-l-histoire-du-luxembourg/a-propos-histoire-luxembourg-fr.pdf

6. Bibliothèque nationale du Luxembourg – https://www.bnl.lu

7. https://www.justarrived.lu/informations-thematiques/generalites-luxembourg/histoire-luxembourg-capitale-europe

8. https://www.vdl.lu/fr/la-ville/en-bref/histoire-de-la-ville

Romain VAN DE LOUW

Christophe BIRAUD

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