Un article rédigé par Neia Monteiro mis en ligne par Christophe Biraud

Neia Monteiro, membre de la Communauté des Français du Luxembourg, a réalisé le 30 octobre 2026 une visite à 490 mètres sous terre, au Laboratoire de Bure, en compagnie des Alumni de Sciences Po Paris.
Dans ce Laboratoire géré par l’ANDRA, aucun déchet radioactif n’y est stocké. Il sert à tester la roche et les techniques envisagées pour Cigéo, un centre de stockage distinct, encore soumis à autorisation.
Merci à Neia, qui, de par son initiative, a souhaité nous apporter son témoignage sur cette visite. Merci à notre nouvelle rédactrice et bienvenue dans le club.

Déchets nucléaires : une visite au cœur de la recherche pour comprendre les enjeux de sûreté, de financement et de choix citoyens.
À 490 mètres sous terre, près de Bure, dans la Meuse (en France) la visite du laboratoire de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) donne une dimension concrète à une question qui nous concerne tous : comment gérer les déchets nucléaires sans faire peser toute leur charge sur les générations futures ?
Sûreté, financement, mémoire et participation citoyenne : voici cinq points à retenir pour comprendre le projet Cigéo et les décisions qu’il engage.
1. À Bure, un laboratoire de recherche, pas un centre de stockage
Le site visité permet aux scientifiques d’étudier la roche et de tester les techniques envisagées pour Cigéo, le projet français de stockage profond des déchets de haute activité et de moyenne activité à vie longue.
Dans les galeries, les équipes observent notamment les réactions de l’argile au creusement, à la chaleur et aux interactions avec les matériaux. L’objectif est d’évaluer sa capacité à contenir les substances radioactives et à ralentir leur déplacement sur de très longues périodes.
Pourquoi c’est important pour les citoyens
Il faut distinguer les recherches menées dans le laboratoire du projet industriel qu’elles préparent. La présence du laboratoire ne signifie pas que Cigéo est déjà en fonctionnement.
À retenir : étudier la faisabilité d’un stockage, autoriser sa création et autoriser sa mise en service sont des étapes différentes.

2. Peu de volume peut concentrer beaucoup de radioactivité
À fin 2024, la France comptait environ 1,89 million de mètres cubes de déchets radioactifs déjà produits. Ils proviennent principalement de la production d’électricité nucléaire, mais aussi de la recherche, de la défense, de l’industrie et du secteur médical.
Tous ne présentent pas les mêmes caractéristiques. Selon la répartition publiée par l’Andra, les déchets de haute activité représentent seulement 0,2% du volume total, mais concentrent 97,2% de la radioactivité. Ces pourcentages décrivent la répartition des stocks : ils ne mesurent pas directement l’exposition des populations.
Les solutions de gestion sont donc adaptées aux déchets. Ceux de très faible activité sont notamment stockés en surface au Cires, dans l’Aube. Dans la Manche, l’ancien centre de stockage, qui contient environ 527 000 mètres cubes de colis, reste sous surveillance après la fin de son exploitation.
Pourquoi c’est important pour les citoyens
Parler des « déchets nucléaires » comme d’un ensemble homogène empêche de comprendre les enjeux. Leur volume, leur niveau de radioactivité et la durée pendant laquelle ils restent dangereux doivent être distingués. C’est cette diversité qui justifie des modes de gestion différents.
3. Cigéo engagerait plusieurs générations
Cigéo prévoit de placer les déchets à environ 500 mètres de profondeur, dans une couche de roche argileuse. Le principe consiste à s’appuyer sur les propriétés de cette roche pour assurer, à long terme, une protection qui ne dépende pas uniquement de l’entretien d’installations par les générations futures.
Son inventaire de référence comprend environ 83 000 mètres cubes de colis : 73 000 de moyenne activité à vie longue et 10 000 de haute activité. Environ la moitié est déjà produite. Le projet concerne donc un héritage existant, mais aussi des déchets à venir dans le périmètre retenu pour sa conception.
Le calendrier présenté lors de la visite envisage :
• un décret d’autorisation de création en 2027 ;
• une mise en service limitée à la phase industrielle pilote vers 2050 ;
• le début du stockage de l’ensemble des colis de haute activité dans les années 2080 ;
• une fermeture à l’horizon des années 2170.
Ces dates restent prévisionnelles et conditionnées à l’obtention des autorisations.
Pourquoi c’est important pour les citoyens
Le projet ne se résume pas à une décision unique. La phase pilote doit apporter un retour d’expérience avant une éventuelle poursuite du stockage, dont les conditions seront fixées par une loi. Les générations suivantes auront donc elles aussi des décisions à prendre.
4. Le financement doit être préparé dès aujourd’hui
La présentation de l’Andra indique un coût industriel de référence de 33,4 milliards d’euros pour Cigéo. Ce montant est distinct du budget de l’agence, présenté autour de 300 millions d’euros.
Le financement du projet repose sur les exploitants nucléaires concernés : EDF, le CEA et Orano. Ils doivent constituer des provisions pour les dépenses futures, en s’appuyant sur une évaluation fixée par arrêté ministériel et révisée aux grandes étapes du projet.
Pourquoi c’est important pour les citoyens
L’enjeu n’est pas seulement de connaître un montant annoncé. Il est aussi de comprendre ce qu’il couvre, les hypothèses sur lesquelles il repose et la manière dont les ressources seront assurées dans la durée.
Un coût de référence sert à préparer le financement ; il ne constitue pas une garantie que les dépenses resteront inchangées pendant plus d’un siècle.
5. Préserver la mémoire et laisser des choix ouverts
La réversibilité vise à permettre aux générations successives de réévaluer certaines décisions et de faire évoluer le stockage. Elle repose notamment sur une construction progressive, l’adaptation des installations et la possibilité de récupérer les colis pendant l’exploitation. Elle ne signifie pas que tout pourra être annulé sans limite dans le temps.
La conservation de la mémoire des centres fait également partie des missions de l’Andra. Elle pose une question concrète : comment transmettre durablement les connaissances nécessaires pour comprendre le site et les décisions prises ?
Pourquoi c’est important pour les citoyens
La qualité de l’information compte autant que sa quantité. La Commission nationale du débat public souligne les difficultés propres à Cigéo : technicité du sujet, polarisation des débats, impacts locaux et mobilisation du public sur une longue durée. Les contributions publiées par l’ASNR témoignent aussi de demandes de clarification sur la sûreté et les engagements attendus de l’Andra.
L’objectif doit être la transparence, et non l’adhésion automatique : permettre à chacun de comprendre les arguments, d’identifier les incertitudes et de participer au débat.
Pourquoi ce sujet concerne aussi les Français du Luxembourg
Vivre à l’étranger ne rend pas ce choix national moins pertinent. S’intéresser à Bure, c’est réfléchir à la gestion d’un héritage français, à son financement et aux responsabilités transmises aux générations suivantes.
Pour notre communauté, rendre ce sujet accessible permet de nourrir un débat informé, sans demander à chacun de devenir spécialiste du nucléaire. Une visite apporte un éclairage concret ; elle gagne à être complétée par les évaluations de sûreté et par les arguments des différentes parties prenantes.
À retenir
• Un laboratoire de recherche n’est pas un centre de stockage.
• Le volume des déchets ne suffit pas à décrire leurs risques.
• Un calendrier prévisionnel ne vaut pas autorisation.
• La réversibilité laisse des choix ouverts, sans promettre un retour en arrière illimité.
• Informer doit permettre de se forger un avis, y compris critique.
Références utiles :
• Visite virtuelle du Laboratoire souterrain
• 2026 : Demande d’autorisation de création (DAC) – Mise à jour
• Arrêté ministériel évaluant le coût industriel de référence du projet Cigéo
• Déclaration d’intention : poursuivre l’exploitation du Laboratoire souterrain au-delà de 2030
• Dossier de presse – L’Andra et le projet Cigéo
• Cigéo : regards croisés sur le suivi de la réversibilité
• Rapport final des garant.e.s de la concertation continue sur le projet Cigéo de centre de stockage réversible profond de déchets radioactifs
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